Participer à la primaire de la droite : masochisme électoral ou devoir républicain ?

Dans un article publié ce mois-ci par Le Monde diplomatique, Serge Halimi déplore le « masochisme électoral » des électeurs de gauche qui « se préparent à participer ce mois-ci à la primaire de la droite ». On peut, en effet, voir les choses ainsi, dans la mesure où ces électeurs manifestent là qu’ils ont déjà intériorisé le fait que la gauche sera absente au second tour de l’élection présidentielle l’an prochain. Mais ce n’est pas ainsi que je les vois. Le 21 avril 2002, l’élimination de Lionel Jospin – homme estimable et qui n’avait pas démérité – nous consterna tous. Elle fut aussi l’occasion pour la gauche de se jouer une de ces comédies où elle excelle : on défila dans les rue en criant no pasaran, on proclama l’union sacrée face à l’imminence du danger fasciste. Moyennant quoi Jacques Chirac fut tranquillement réélu. Ce qu’il aurait été de toute façon car la République n’avait jamais été en danger : les fascistes n’étaient pas à nos portes, et ceux qui avaient voté pour Le Pen au premier tour auraient été terrifiés à l’idée qu’il l’emportât au second. Mais, au moins, on avait été héroïque, on avait joué à se faire peur ; bref, on s’était fait plaisir. Se ménager quelque plaisir dans son affliction, c’est ce qu’on appelle le masochisme.

Les choses sont différentes aujourd’hui. Il n’y aura pas de consternation, puisque nous sommes prévenus, et peut-être que notre aptitude à la consternation s’est émoussée au cours des dernières années. Alors il vaut mieux cesser de se jouer la comédie, faire taire les clairons, et considérer d’un œil sec la perspective, assurément assez désolante, qui est la nôtre : la gauche sera éliminée, et sans doute ridiculisée, dès le premier tour. Gardons-nous d’ailleurs de voir là la sanction de je ne sais quelles promesses non tenues, vu qu’elle n’avait fait aucune promesse – c’est bien la seule chose qu’on puisse mettre à son crédit. Certes, Hollande a dûment vitupéré « la finance » lors de son discours du Bourget, mais il fallait être bien naïf pour entendre des promesses dans ce qui n’était que rodomontades de préau électoral. J’aurais personnellement préféré qu’il nous dise ce qu’il savait être la vérité, mais n’est pas Mendès France, ou Churchill, qui veut.

Alors, que faire ? Eh bien, se dire que, même dans les situations les plus amères, des alternatives nous sont encore ouvertes. Celle qui nous est ouverte pour le second tour de la présidentielle est la suivante : soit un face à face entre l’extrême droite et une droite qu’on ne peut accuser, à moins de sectarisme, de n’être pas républicaine ; soit un face à face entre l’extrême droite version bleu marine et la droite extrême version (patrick)-buissonnière. Autrement dit, soit une réédition du 21 avril 2002 (perspective qui, c’est un fait, ne me fait pas sauter de joie, quelque estime que je puisse avoir pour Alain Juppé, François Fillon ou Nathalie Kosciusko-Morizet) soit quelque chose de totalement inédit : l’absence de la République au second tour. Ce n’est pas être masochiste que de préférer l’un des termes de l’alternative à l’autre. Le second terme de notre alternative apparaît pour l’instant improbable, mais ce qui vient de se passer aux États-Unis nous montre que l’improbable advient parfois. Je participerai donc à la primaire de la droite. Tout simplement parce que je suis républicain.

Au fait, pour savoir où vous devez voter, suivez ce lien : http://www.primaire2016.org/ou-voter/

2 commentaires

  1. Entièrement d’accord avec toi Dominique. Cela fait déja plusieurs semaines que j’annonce à des collègues et amis quelque peu interloqués que j’irai voter pour Juppé (et surtout contre Sarko) à la primaire de la droite … Les résultats de l’élection US ne font que renforcer ma décision.

    Amitiés.

    Paul

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    1. C’est précisément le résultat de l’élection américaine qui m’a incité à mettre ce texte sur mon blog. Et je me démène moi aussi pour éviter que le même genre de catastrophe ne se produise en France.

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