Avenue des Camélias

J’ai marché il y a quelques jours à l’est de Paris, après être descendu à la station de métro Gallieni. De là jusqu’aux hauteurs de Bagnolet, une butte s’élève, sur laquelle je me suis engagé en prenant l’avenue des Camélias. Un nom bien généreux pour cette venelle qui dut longtemps n’être qu’un chemin, et assez inattendu dans un tel lieu, avec en surplomb l’autoroute A3 qui passe au-dessus d’elle pour s’élancer vers la Champagne et la Lorraine. Peut-être les camélias fleurissaient-elles jadis sur ces pentes, avant que s’y élève l’arche bétonnée de l’autoroute.

La première chose que vous voyez lorsque vous vous avancez sur l’« avenue » – laissons-lui cette appellation – est une petite maison, face à vous, un peu plus loin à mi-pente. Une petite maison aux volets et aux balcons de bois, souvenir sans doute d’un temps où s’étendait ici un faubourg humble mais coquet, pas encore la campagne, plus tout à fait la ville. Pas de camélias aux fenêtres, mais, aux rebords des balcons, quelques pots de géraniums au rose empoussiéré. Continuez sur la pente, et vous longerez des maisonnettes que Nerval eût dites festonnées de vigne, usant de ce mot, affectionné de lui, semble-t-il, qu’il met par exemple dans la bouche du narrateur de Sylvie en route vers Loisy : « Voici le village au bout de la sente qui côtoie la forêt : vingt chaumières dont la vigne et les roses grimpantes festonnent les murs. »

Mais ici la sente côtoie l’autoroute et non la forêt. On l’entend vrombir juste à l’arrière tandis qu’on chemine en songeant aux vies qui se logent dans cet interstice : pots de géraniums ou festons de vigne par-deça, grondement massif, impérieux et perpétuel par-delà. Il paraît que les bobos – comme on dit – commencent à s’installer dans cet est parisien, et, si j’en crois le beau livre d’Anaïs Collet (laquelle préconise d’abandonner bobo pour gentrifieur), c’est le cas au moins à Montreuil, dans le Bas-Montreuil plus précisément, au pied du versant sud de la butte sur laquelle je marche. Mais, à l’évidence, ce n’est pas ici qu’ils habitent. Les femmes que j’ai vues causer sur le pas des portes, assises à même le sol, et qui m’ont suivi d’un regard soupçonneux, étaient, j’imagine, des Roumaines ; de ces lieux qui furent peut-être amènes au temps où Nerval vaguait autour de Paris (plutôt à l’ouest et au nord, il est vrai, que sur ces pentes orientales), seuls des relégués peuvent vouloir aujourd’hui. Mais, laissées là comme pour affirmer qu’ils méritaient mieux, ces modestes fleurs résistent comme elles le peuvent aux grises effluences de l’autoroute.

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